Charte
Charte de fonctionnement
Préambule
Table en latin est un fork de Mensa : un laboratoire avancé qui prouve en marchant — plus vite que ne le permettrait l'inertie d'une institution établie — et rend disponible à la maison-mère ce qu'il valide, au rythme qu'elle choisit. Nous ne sommes ni une scission, ni un satellite : nous sommes une avant-garde. Beaucoup d'entre nous sont à la fois ici et à Mensa ; nous transformons l'une en travaillant dans l'autre.
Nous y réunissons des intelligences plurielles — formées et autodidactes, scientifiques et artistiques, jeunes et expérimentées — autour d'une exigence commune. Nous nous organisons sans présidence, sans bureau, sans instance qui validerait. Nous faisons le pari qu'une réflexion collective tient par la circulation des idées, par la pluralité des regards et par le soin que nous prenons les uns des autres — pas par l'autorité de qui la signe.
Pour rendre cette manière de faire praticable, nous nous outillons avec l'Agora — notre plateforme délibérative. L'Agora n'est pas une instance, c'est un meuble : elle structure la table sans s'y asseoir. Le pouvoir reste à celles et ceux qui parlent.
Ses espaces et ses phases portent des noms grecs — Boulè, Ekklesia, Klèrotèrion, Psèphos — parce qu'Athènes a inventé les gestes que nous reprenons : tirage au sort, vote entre pairs, délibération sans président. Le latin, lui, reste ce qu'il est dans notre voix : une attitude — précision, écoute, audace, refus du cynisme. Le latin pour la voix ; le grec pour les institutions ; la rondeur pour la table.
Cette charte n'est pas un règlement imposé. Elle décrit nos manières de faire, et reste à tout moment amendable par celles et ceux qui les pratiquent.
I. Ce qui nous guide
Quatre principes orientent notre manière de nous organiser. Ils précèdent et dépassent notre dispositif particulier ; chacune des règles qui suit doit pouvoir s'y rattacher.
1.1 Horizontalité. Aucune voix n'est plus légitime qu'une autre. Les décisions n'émanent d'aucune position d'autorité — elles émergent du travail des groupes, de la délibération entre pairs, de la consultation du collectif élargi. Chacun et chacune peut proposer, amender, contester. Nous reconnaissons ce qui est apporté, pas qui apporte.
1.2 Intelligence collective. Un groupe divers produit de meilleures décisions qu'un individu isolé, même compétent. Nous préférons le désaccord travaillé à l'accord rapide, la confrontation des points de vue à la parole d'expert, la co-construction à la délégation.
1.3 Transparence. Tout ce qui se décide se décide à la vue de tous. Versions de travail, retours, désaccords, votes : rien n'est tenu secret. L'Agora sert de mémoire partagée, accessible à chaque membre.
1.4 Soin. Nous prenons soin des idées, des personnes et du collectif lui-même. Cela signifie accueillir l'erreur, traverser les désaccords plutôt que les éviter, veiller à ce que les voix discrètes trouvent leur place, et faire attention à la charge que portent les uns et les autres.
II. Réversible, irréversible
Toutes les décisions ne se valent pas, et nous ne les traitons pas pareil.
Une publication corrigeable, une expérimentation bornée, un texte amendable, une rencontre, une prise de position d'un groupe : tout cela est réversible — un nouveau commit peut le défaire. Ces décisions avancent vite, en petit groupe, sans pré-validation. La revue suit l'action ; elle ne la précède pas.
Une exclusion, un fork interne, une modification de la présente charte, un engagement financier durable, une alliance institutionnelle : c'est irréversible — ou difficile à défaire. Ces décisions passent par le parcours de délibération décrit en section IV, avec les seuils et les délais portés par l'Agora.
Le critère est simple : ce qui se défait par un nouveau commit avance ; ce qui ne se défait pas se discute d'abord. C'est cette distinction qui rend l'élan compatible avec l'horizontalité — la vitesse vaut pour le réversible, la délibération protège l'irréversible.
III. Comment nous travaillons
3.1 Les Boulai — thèmes permanents
Chaque thème — statuts, finances, communication, démocratie interne, relations internationales — est porté par une Boulè : un espace permanent où des groupes ouvrent, travaillent, publient. Sur l'Agora, une Boulè abrite la base de connaissance du thème, les rencontres mensuelles des groupes qui y travaillent, et un fil de discussion ouvert au collectif.
3.2 L'initiative en petit groupe
Trois ou quatre contributeurs peuvent se saisir d'un sujet, le travailler, le publier. Pas d'autorisation préalable, pas de réunion fondatrice : il suffit que le sujet soit nommé, le groupe ouvert, la trace publique. Sur l'Agora, chaque groupe ouvre son sous-espace dans la Boulè concernée et déclare son mandat — ce qu'il cherche à produire, dans quel délai, avec quels points de vigilance — à partir d'un modèle standard. Les comptes rendus sont publiés comme rencontres ; la base documentaire est versionnée.
Chacun et chacune participe à deux groupes au maximum simultanément ; les mandats durent trois à six mois.
3.3 La revue entre pairs — Diorthôseis
Avant qu'une proposition ne devienne consultation ouverte, elle est lue et discutée par un autre groupe de la même Boulè. Cette revue prend la forme de Diorthôseis — amendements raisonnés, attribués, justifiés. Le groupe relecteur dépose ce qu'il juge solide, ce qui lui semble fragile, les angles qu'il voit manquer. Le groupe auteur répond point par point : ce qu'il retient, ce qu'il écarte, avec ses raisons.
Ce dialogue entre pairs tient lieu de filtre. Aucune instance centrale n'a à trancher en amont — la qualité d'une proposition se vérifie par la confrontation, pas par une autorisation.
3.4 Les Symboulia — appui consultatif
Certains sujets appellent des compétences particulières : droit, comptabilité, communication, rédaction de statuts. Un Symboulion est un vivier permanent de membres volontaires, organisé sur l'Agora comme un espace à accès demandé. Lorsqu'un groupe sollicite un avis, deux personnes sont tirées au sort dans le Symboulion concerné ; le tirage est horodaté et documenté publiquement.
Leur rôle est consultatif : elles rendent un avis écrit, signé, dans un délai de trois semaines au plus. Le groupe auteur reste maître de sa proposition. Les avis — accords comme désaccords — restent archivés publiquement.
IV. Comment nous décidons — l'Ekklesia
Une proposition consolidée par sa Boulè et sa revue est déposée comme Ekklesia : une consultation balisée, ouverte au collectif. Six phases la traversent — six gestes grecs, chacun nommant exactement ce qu'il fait :
Phôs (φῶς — la mise en lumière, 2 semaines). On lit, on s'informe. Pas encore de débat formel.
Dialogos (διάλογος — le débat, 3 semaines). Argumentation publique, questions, contradictions.
Diorthôseis (διορθώσεις — les amendements, 2 semaines). Dépôt d'amendements précis et justifiés.
Krisis (κρίσις — le jugement des amendements, 1 semaine). Jugement majoritaire, amendement par amendement.
Synthesis (σύνθεσις — la consolidation, 1 semaine). Intégration technique des amendements adoptés. Pas de pouvoir d'arbitrage à ce stade.
Psèphos (ψῆφος — le vote final, 2 semaines). Vote au jugement majoritaire sur chaque proposition consolidée.
Cycle nominal de onze semaines actives auxquelles s'ajoutent environ trois semaines de marge (prolongations, jours fériés, allers-retours techniques). L'Agora archive chaque version intermédiaire et la version finale. Les votes y sont conduits ; le scrutin binaire en est exclu, comme principe.
Validité. Un vote requiert une participation minimale d'environ 5 % du collectif. À défaut, la délibération est prolongée d'une semaine et un rappel est envoyé.
Délégation bornée. Un membre empêché peut, pour une seule Ekklesia et de manière nominative, transmettre sa Psèphos à un autre membre. Aucune délégation permanente, aucun cumul, aucune transitivité : chaque membre conserve une voix, exercée dans le temps qu'il choisit.
Deux seuils, portés par l'Agora
Ces seuils s'appliquent après la Psèphos, pour décider du devenir institutionnel d'une proposition adoptée. Ils sont à distinguer du seuil de transformation Initiative → Ekklesia, qui se règle côté plateforme (cf. setup §15.1).
Seuil de signalement (≈ 2 % des membres de Mensa France), par soutiens publics : la proposition est transmise au Comité national pour examen.
Seuil d'inscription (10 % des membres de Mensa France), par initiative inscrite : la proposition est portée de plein droit à l'ordre du jour de la prochaine assemblée générale, sans pouvoir être retirée en cours de route.
V. Les rôles
Trois types de rôles coexistent. La compétence s'acquiert en pratiquant ; aucun rôle ne fonde une autorité.
Rôles d'animation — facilitation, prise de notes, avocat du diable, tenue de la base de connaissance d'une Boulè. Ils tournent à chaque séance ou tous les trois mois.
Engagements de contribution — participation à un groupe, à un Klèrotèrion, inscription à un Symboulion. Ce sont des engagements bornés dans le temps : trois à six mois.
Rôles d'intendance — administration de l'Agora, animation inter-Boulai, communication, tirage au sort, archivage, liaison avec les instances statutaires. C'est là que le pouvoir réel peut se concentrer discrètement.
Ces rôles d'intendance méritent une vigilance particulière. Ils sont toujours tenus en duo — une personne sortante, une entrante — pour 3 à 6 mois renouvelables une fois, sans cumul possible entre eux. La transmission entre duos est consignée publiquement.
Si le vivier formé pour l'un de ces rôles compte moins de cinq personnes, la règle de renouvellement unique peut être levée sous trois conditions cumulatives : Psèphos publique de confirmation, présence d'une personne en apprentissage, engagement écrit à élargir le vivier. Dix pour cent des membres du vivier peuvent à tout moment provoquer une Psèphos de confirmation anticipée.
VI. Ce qui nous protège
Quatre mécanismes veillent à la santé du collectif. Ils existent en permanence, se déclenchent à la demande, et n'ont pas de titulaires fixes.
6.1 Le Klèrotèrion — jury tiré au sort. Les conflits et les contestations de procédure sont tranchés par un panel de trois à cinq personnes tirées au hasard parmi les membres actifs. Sur l'Agora, le panel est formalisé comme un espace temporaire à accès restreint ; le tirage est horodaté et consigné dans un compte rendu public. Le panel se réunit pour un seul cas, rend sa décision, se dissout.
6.2 Le Cercle d'amélioration. Une Ekklesia permanente est dédiée à faire évoluer la présente charte. Chacun et chacune peut y déposer une Diorthôsis, qui suit ensuite le parcours décrit en section IV. L'Agora tient la version courante et la trace de chaque amendement adopté.
6.3 Le droit d'alerte. Toute personne peut signaler un dysfonctionnement — blocage, dérive, conflit d'intérêts — par un formulaire dédié sur l'Agora. L'alerte est transmise à un Klèrotèrion au sens de 6.1.
6.4 L'audit participatif annuel. Chaque année, en assemblée générale, nous regardons ensemble ce qu'a produit le collectif : nombre de propositions traitées, délais, participation aux Psèphoi, diversité des contributeurs, taille des Symboulia, rotation effective des rôles d'intendance. Les tableaux de bord de l'Agora fournissent la matière brute ; le suivi public des décisions adoptées permet de vérifier où elles en sont.
VII. Comment cette charte évolue
Cette charte a été adoptée par le collectif selon les règles décrites en section IV. Elle se modifie par les mêmes règles. Elle ne se substitue pas aux statuts de l'association : elle organise un espace de travail dont les propositions sont soumises aux instances statutaires dans les formes prévues.
Nous considérons ce document comme vivant. Il porte nos accords du moment et ne prétend pas à la perfection. Il sera imparfait. C'est au collectif de le corriger, dans le temps, à mesure qu'il apprend sur lui-même.
Mettre sur la table. Relire entre pairs. Décider entre tous.
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Document vivant — amendable à tout moment dans le Cercle d'amélioration sur l'Agora. Dernière mise à jour : 15 mai 2026.